Mein Kampf : 6 idées reçues démystifiées
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Probablement l’un des livres les plus controversés de l’Histoire, Mein Kampf est en fait un ouvrage bien mal connu. Entre la légende distillée par la propagande et les fantasmes qu’il suscite, difficile de déceler le vrai du faux. On en parle en décortiquant quelques idées reçues.

Présentation et mise en contexte

La rédaction de Mein Kampf débute en 1923. Hitler l’écrit depuis sa prison de Munich, où il est détenu suite à son coup d’état raté du 8 novembre 1923.

mein kampfLe livre se compose en réalité de deux tomes. Le premier, sorti en 1925, s’avère très autobiographique. Hitler y relate sa vie jusqu’à ses débuts au Parti Ouvrier Allemand (DAP, futur NSDAP). Il y tire un bilan de l’échec de la première guerre mondiale et développe ses théories racistes (au sens littéral du terme). Enfin, il évoque également la naissance progressive du parti nazi.

Hitler consacre le deuxième volet au mouvement national-socialiste. Il y détaille l’émergence du NSDAP. Une grande partie est consacrée aux bases et grandes lignes idéologiques de sa doctrine. La question raciale, mais aussi la politique étrangère, l’économie, la place des corporations ou encore la jeunesse sont traités. Sur un plan plus logistique, une part importante de Mein Kampf parle de la propagande. L’organisation des réunions, les choix graphiques pour les affiches, la nécessité de posséder un organe de presse, etc. Tous les éléments communicationnels ayant permis l’émergence du parti nazi sont présentés.

Plus qu’un simple amas de théories racistes, Mein Kampf s’avère en fait un véritable livre sur le combat politique.

N°1 – Mein Kampf est interdit en France

Contrairement aux idées reçues, Mein Kampf n’a jamais été interdit en France. De par son côté sulfureux, il a été mis de côté par la plupart des librairies et bibliothèques (souvent en accès sur demande).

La Bavière, détentrice des droits d’auteur jusqu’en 2016, avait interdit toute nouvelle traduction de l’ouvrage.

Seules les Nouvelles Éditions Latines (NEL) possédaient l’exclusivité d’une traduction française intégrale réalisée et publiée en 1934. Suite à un procès avec les autorités allemandes (cf infra), cette traduction a failli être totalement censurée.

Depuis janvier 2016, le livre est dans le domaine public. L’édition de nouvelles traductions devient donc possible. Les éditions Fayard souhaitent d’ailleurs sortir une nouvelle traduction commentée en 2018.

N°2 – Un succès littéraire dès sa sortie

Si pendant le régime nazi le livre était omniprésent, la situation fut tout autre lors de sa sortie. Lors de son édition en 1925, le premier tome n’est imprimé qu’à 20 000 exemplaires et peine à se vendre. Le premier tirage du second volet en 1926 ne dépassera pas les 13 000 ouvrages vendus.

Il faut avouer que le livre est loin d’être facile à lire. Les deux tomes font ensemble 688 pages. Hitler l’a écrit à la va-vite et malgré les réécritures effectuées par une équipe de journalistes du Völkischer Beobachter (organe de presse du parti nazi), l’ouvrage reste assez indigeste. Un style touffu aux nombreuses redondances. Bref, pas de quoi en faire une lecture agréable…

Ça n’est qu’avec le succès croissant du NSDAP que la diffusion augmente. Mein Kampf deviendra quasiment obligatoire avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Les ventes explosent à 900 000 exemplaires en 1933. Le livre est d’ailleurs remis à chaque couple lors de son mariage. L’historien Ian Khershaw estime un total de 10 millions d’exemplaires en allemand vendus en 1945.

mariage nazi hitler allemagne mein kampf

N°3 – Le plan d’extermination des Juifs y est détaillé

Pas tout à fait… Hitler ne décrit jamais de plan d’extermination des juifs dans Mein Kampf. Le processus de la Solution finale avec l’utilisation du zyklon B n’a d’ailleurs été décidé qu’au cours de la conférence de Wannsee en 1942. Cependant, un passage ne peut laisser indifférent. Dans le chapitre XV du tome 2, Hitler évoque l’idée d’exterminer les juifs pour réduire à néant le mouvement marxiste et préserver la grandeur de l’Allemagne.

Si l’on avait, au début et au cours de la guerre, tenu une seule fois douze ou quinze mille de ces Hébreux corrupteurs du peuple sous les gaz empoisonnés que des centaines de milliers de nos meilleurs travailleurs allemands de toute origine et de toutes professions ont dû endurer sur le front, le sacrifice de millions d’hommes n’eût pas été vain. Au contraire, si l’on s’était débarrassé à temps de ces quelques douze mille coquins, on aurait peut-être sauvé l’existence d’un million de bons et braves Allemands pleins d’avenir.

p. 677 aux éditions NEL

Si le passage ne manque pas de haine, on ne peut pas dire qu’il soit pour autant un plan d’action explicite et exhaustif.

N°4 – Sa traduction française visait à vanter le régime nazi

Bien que cela puisse paraître étrange à première vue, la version française a été éditée afin de mettre en garde contre le nazisme. Elle sort en 1934, soit un an après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Cette traduction se concrétise à l’initiative du chef de l’Action Française , Charles Maurras. Sa démarche vise à montrer la caractère très francophobe de Mein Kampf. Le livre regorge en effet de passages très hostiles à l’égard de la France. Particulièrement à la fin du tome 2.

Ce peuple [français], qui tombe de plus en plus au niveau des nègres, met sourdement en danger, par l’appui qu’il prête aux Juifs pour atteindre leur but de domination universelle, l’existence de la race blanche en Europe.

p. 621 aux éditions NEF

Paradoxe, le financement de cette traduction provient d’une alliance secrète entre l’éditeur Fernand Sorlot (proche de Charles Maurras) et la Ligue Internationale Contre l’Antisémisme (LICA, future LICRA). 8000 exemplaires ont été ainsi tirés et diffusés auprès des députés, universitaires et hauts-fonctionnaires. Cette diffusion ne recueillera aucun succès auprès des intéressés.

Apprenant la sortie de cette traduction, les autorités allemandes poursuivent en justice les NEL. En 1938, une nouvelle traduction sort aux éditions Fayard sous le titre de Ma doctrine. Celle-ci est validée par Hitler car les passages francophobes ont été retirés.

mein kampf editions fayard 1938

N°5 – Mein Kampf apparaît à l’Index

Contrairement aux ouvrages de Karl Marx, Voltaire ou encore Baudelaire, Mein Kampf ne figure pas à l’Index. Comment expliquer cette absence au répertoire des livres condamnés par le Vatican ? A vrai dire, Mein Kampf défend profondément la religion chrétienne. Certes, le nazisme est souvent assimilé à la mythologie nordique ainsi qu’aux cultes païens et occultes. Mais cet aspect est plus lié aux SS et aux lubies ésotériques d’Himmler. Hitler, lui, se présente comme un véritable chrétien. Dans Mein Kampf, il écrit que la religion chrétienne fait pleinement partie de la culture allemande. Il met aussi en garde contre les rivalités catholiques et protestantes, selon lui instrumentées par les Juifs pour nuire à la cohésion du peuple allemand.

En tout cas, le Juif a atteint son but : catholiques et protestants se combattent à cœur joie et l’ennemi mortel de l’humanité aryenne est de toute la chrétienté rit sous cape.

p. 557 aux éditions NEL

On peut donc penser que la simple absence de passages contraires à la doctrine de l’Église catholique ait suffi à préserver Mein Kampf d’une mise à l’Index.

N°6 – Sa diffusion se limite aujourd’hui aux mouvements néo-nazis

Si Mein Kampf constitue un ouvrage de référence chez les nostalgiques du troisième Reich, ça n’est pas là qu’il rencontre le plus de succès.

Alors qu’il est mis au pilori depuis des décennies en Europe et en Amérique du nord, le livre est un best-seller dans de nombreux pays. On le trouve facilement dans les pays musulmans. L’antisémitisme parfois très présent dans ces pays explique cette si large diffusion.

vendre mein kampf indonésie

Mein Kampf connaît également un certain succès en Inde. Paradoxalement, l’antisémitisme s’avère quasiment absent dans ce pays. Cependant, l’exaltation d’une race supérieure (et aryenne) attire la sympathie et suscite l’intérêt des nationalistes hindous, de plus en plus nombreux.

Depuis son passage dans le domaine public, Mein Kampf connaît aussi un certain regain en Occident. En 2016, le nombre d’exemplaires vendus s’élève à 85 000 en Allemagne.

Caractéristiques

  • Titre : Mein Kampf
  • Auteur : Adolf Hitler
  • Type : essai politique
  • Date : 1924
  • Pays : Allemagne
  • Pages : 688 (aux éditions NEL)
  • Statut : Autorisé en France avec un avertissement obligatoire

Où se le procurer ?

Disponible dans la plupart des librairie en ligne.

Sources :

Photos :

  • couverture Mein Kampf : Roby CC BY-SA
  • Mariage nazi : domaine public
  • Vente Mein Kampf Indonésie : hellochris CC BY-SA